« Le plus dur avec Sciences Po, c’est d’y entrer ! » Telle est la légende bien connue des candidats au concours d’entrée au Collège universitaire de Sciences Po, dont le taux de réussite avoisine les 10%. La première année à Sciences Po reste pourtant un cap à franchir pour les anciens élèves de terminale qui doivent s’adapter à de nouveaux exercices et s’intégrer à l’univers de cette école pas comme les autres. Lise Hemelsdaël termine sa deuxième année à Sciences Po Paris. Elle a accepté de faire le bilan, pour les lecteurs de mes-études.com, de sa première année à Sciences Po.

Quel était ton état d’esprit avant ta rentrée en première année à Sciences Po Paris ?

Je n’aurais jamais pensé être admise à Sciences Po après mon oral qui ne s’était pas très bien déroulé. Avant la rentrée j’étais donc encore sur un petit nuage. Pour moi Sciences Po était l’école idéale : enseignement généraliste, vie associative riche et possibilité de partir étudier à l’étranger, tout ce que je recherchais pour mes années d’études supérieures. L’annonce de mon admission n’a cependant pas fait diminuer mon stress qui augmentait avec l’approche de la rentrée. J’arrivais de province donc je ne connaissais que très peu de personnes à Paris. J’avais peur de ne pas m’adapter à la vie parisienne et de me confronter à mes futurs camarades que j’imaginais tous très intelligents, issus de milieux plus aisés et… en costard-cravate. [rires] En plus, les cours à Sciences Po commençaient dès la 3e semaine d’août par une semaine d’intégration qui me terrifiait d’avance ! 

En quoi consiste cette semaine d’intégration ?

En fait il s’agit d’une semaine pendant laquelle nous assistons avec notre groupe d’intégration, composé d’une vingtaine de personnes, à plusieurs ateliers : des ateliers de méthodologie, d’autres qui nous présentaient en détail notre cursus, ou encore – ce qui me faisait le plus peur – des ateliers censés nous donner un avant-goût des présentations et exposés oraux que nous allions devoir produire pendant notre scolarité. Je crois que c’était une façon de nous décomplexer par rapport à la prise de parole en public qui est particulièrement mise en avant à Sciences Po. Au final c’était plus de peur que de mal : la plupart des élèves avaient les mêmes appréhensions que moi et cette semaine a été l’occasion de lier des amitiés qui ont rendu notre premier « vrai » jour à Sciences Po beaucoup moins effrayant. 

Comment s’organise la scolarité en première année ?

Lors de notre inscription au concours d’entrée à Sciences Po nous pouvons candidater pour différents cursus. Paris n’est qu’un des sept campus de Sciences Po dans lequel on peut suivre un programme général ou un bi-cursus avec à la fois des cours à Science Po et des cours à l’université dans différentes disciplines. Il existe ensuite des  campus dans six autres villes de France [Dijon, Le Havre, Menton, Nancy, Poitiers, Reims, NDLR] qui permettent de suivre des programmes centrés sur certaines  régions du monde.

En cursus général nous avons entre 20 et 26 heures de cours par semaine ; les cours commencent au plus tôt à 8h et finissent au plus tard à 21h15. Les cours sont partagés entre cours magistraux et conférences de méthodes qui ressemblent aux travaux dirigés organisés à l’université. Un semestre dure douze semaines et est sanctionné par des partiels, préparés par des « galops » [examen blancs, NDLR] à mi-parcours.

Comment t’es-tu adaptée à la charge de travail de Sciences Po ?

Le rapport des élèves de première année à la charge de travail est très variable ! Personnellement j’ai eu quelques difficultés à m’adapter à l’organisation du semestre à Sciences Po, et aux exercices qui nous sont demandés en conférence : des exposés oraux et écrits, des dissertations, des plans détaillés, des fiches de lectures…

Quoiqu’il en soit à la fin de la première année la plupart des élèves parviennent à s’habituer aux dix minutes d’exposé maximum, à battre des records de vitesse pendant les  inscriptions pédagogiques (la sélection des cours se fait en ligne au début du semestre) et à défendre leur choix d’exposé au premier cours !

Quels conseils donnerais-tu pour faciliter cette adaptation ?

Une erreur courante en première année est de choisir les exposés qui sont programmés le plus tard possible dans le semestre, quitte à tous les regrouper au même moment, pour éviter d’avoir à passer le premier devant nos camarades qu’on imagine surdoués et très confiants. Il ne faut pas se laisser déstabiliser par quelques interventions impressionnantes ! En général les élèves admis sont tous des élèves qui ont eu de très bonnes notes dans le secondaire, qui étaient dans les meilleurs de leur classe. Mais il faut garder à l’esprit que chacun a ses points forts, et qu’on a toute l’année pour apprendre de nouvelles méthodes et se perfectionner.

Enfin et surtout, il ne faut pas avoir peur d’être trop organisé en arrivant en première année. Les exercices sont parfois frustrants quand on ne dispose plus que de quelques jours pour traiter un sujet ou un livre, souvent très intéressant.

Quel bilan fais-tu du programme pédagogique en  première année ?

Si Sciences Po tient l’une de ses promesses, c’est bien celle de donner accès à un cursus généraliste et pluridisciplinaire. L’objectif de la première année est de donner à toute la promotion une même base solide de connaissances en Histoire, en Economie, en Institutions politiques, en Sociologie et en Sciences politiques.

En revanche, j’ai été un peu déçue par le niveau des cours de langue, ou du moins par leur nombre limité. Il n’y a que deux heures d’anglais obligatoires par semestre… Les élèves ont tout intérêt à aller à la rencontre des étudiants étrangers qui sont en échange dans l’établissement ou à se trouver un correspondant pour pratiquer et améliorer leurs acquis en langue étrangère !

Comment se déroule le passage en deuxième année ?

S’il peut être déstabilisant d’arriver dans un nouvel environnement, de s’adapter à de nouvelles exigences tout en jonglant avec l’excitation et les sorties fréquentes de la première année, il est cependant rare qu’un élève ne valide pas son année. L’objectif est d’avoir 10 dans la discipline pour obtenir les crédits qui lui sont rattachés et en rassembler assez pour valider l’année. D’ailleurs Sciences Po privilégie le contrôle continu puisque le partiel compte pour 1/3 et la moyenne de la conférence pour 2/3 dans la moyenne du semestre. Par ailleurs la charge horaire de cours en cursus général laisse assez de temps aux élèves pour profiter dès la première année de la richesse associative et de la vie étudiante présentes à Sciences Po. 

Quel est le fonctionnement de cette vie associative ? Comme se combine-t-elle avec les cours ?

Il y a cinq associations permanentes à Sciences Po : le bureau des élèves, l’association sportive, Sciences Po environnement, le bureau des arts et la junior entreprise, « Junior Consulting ». Ces associations existent chaque année et disposent d’une subvention de l’administration.  Durant le mois d’octobre, toutes les autres associations de Sciences Po se font connaître pour recueillir assez de votes lors de la procédure de reconnaissance. Chaque association qui souhaite exister dans l’école doit rassembler 120 voix. Par la suite les élèves peuvent contacter les associations pour faire partie de leur équipe.

Il est tentant de multiplier ses engagements associatifs car il y en a pour tous les goûts ! En 2016, 120 associations ont été reconnues : associations politiques, humanitaires, associations d’art oratoire, ou encore sur les différentes régions du monde...

Il est préférable de commencer par une ou deux associations au premier semestre pour tester sa capacité d’organisation et d’adaptation avant de s’éparpiller. Personnellement depuis mon entrée à Sciences Po je me suis engagée dans trois associations : Cheer Up, qui rassemble des bénévoles qui rendent visite à des jeunes qui ont le cancer à l’hôpital et les aide à réaliser des projets, CAFéS, une cafeteria autogérée par les étudiants de façon écologique et solidaire, et Stop&Go, une association qui promeut l’autostop en organisant des voyages en France et en Europe.

Lorsque les examens approchent il est parfois compliqué de jongler entre toutes ces activités mais pour moi la vie associative de Sciences Po est un réel atout et me permet à la fois de m’épanouir pleinement dans ma scolarité et d’acquérir de nombreuses expériences qui pourront m’être très utiles dans le monde professionnel.

Comment réussir sa première année de Collège Universitaire selon toi ?

Douze semaines c’est très court ! A mon avis pour bien s’adapter au niveau des cours et  ne pas être débordé au dernier moment il faut commencer à travailler ses cours dès la première séance et avoir une très bonne organisation personnelle.

Si c’était à refaire j’essaierai également de réserver plus de temps à des lectures personnelles qui peuvent être de très bons compléments aux cours et nourrir notre intérêt. Pour profiter pleinement de ce que peut offrir Sciences Po, il faut aussi s’intéresser aux conférences qui sont organisées par les différentes associations ou l’école sur des sujets divers. Et pas seulement celles avec des personnalités politiques !

Mais Sciences Po ce n’est pas seulement passer son année scolaire dans les bouquins et en amphi ! Je suis convaincue qu’il faut chercher à s’investir dans la vie associative et étudiante de Sciences Po car c’est une véritable spécificité de l’école qui peut donner de très belles opportunités à chacun dans les domaines qui l’intéressent. On souligne aussi souvent que l’un des intérêts de Sciences Po réside dans le réseau qu’on s’y construit, et c’est à travers la vie étudiante que se construit ce réseau.

Comment Sciences Po prépare-t-il ses élèves à cette carrière professionnelle ?

En plus des réunions d’informations sur les différents masters, Sciences Po service carrières organise des ateliers pour nous apprendre à construire et valoriser notre CV, à rédiger une lettre de motivation (en anglais ou en français) et à bien réagir pendant un entretien.

Par ailleurs une des particularités de la première année du Collège universitaire est le stage de terrain. D’une durée minimum de 30 jours cette obligation de scolarité doit permettre aux élèves de première année de se confronter à la recherche d’emploi mais l’objectif affiché par Sciences Po est surtout de faire vivre à ses étudiants « une expérience du monde du travail du point de vue du personnel d’exécution ». Ce stage fait parfois débat entre les élèves de la promotion, d’autant que certains parviennent, grâce à des « pistons », à ne pas remplir le véritable objectif du stage. Si la mission n’est pas toujours remplie, le stage de terrain permet quoi qu’il en soit à certains d’acquérir une première expérience professionnelle et de prendre conscience de la réalité du monde du travail. 

Comment s’intègre-t-on à la communauté étudiante de Sciences Po ?

L’avantage de Sciences Po est qu’on y retrouve « l’esprit de  promo » des grandes écoles de commerce. Contrairement aux universités, c’est une formation d’enseignement supérieur dans laquelle il existe un accompagnement des élèves de première année pour les intégrer au mieux à l’école et à la communauté « sciences-piste ». De la semaine d’intégration avec des ateliers et des « afterworks » organisés par le bureau des élèves, aux « tripléttades » (compétition sportives, oratoires, artistiques… entre les différentes triplettes qui sont les classes de premières années), en passant par le weekend d’intégration, de nombreux événements sont organisés par l’école et les associations de Sciences Po pour accueillir le plus chaleureusement possible les nouveaux admis.

Les double cursus et les étudiants en campus de région ont par ailleurs la possibilité d’être encore plus soudés car ils constituent entre eux de petites communautés moins nombreuses qui organisent différents événements dédiés à leur cursus. Dans tous les cas, pas d’inquiétude, les élèves de deuxième année sauront prendre soin de vous à votre arrivée sur les bancs de Boutmy ! [Amphithéâtre Emile Boutmy, NDLR] 

Que dirais-tu à quelqu’un qui hésite à passer le concours d’entrée au Collège universitaire ?

Le plus grand piège selon moi, c’est l’auto-censure. Si la maquette pédagogique et la forme d’enseignement de Sciences Po vous semblent faites pour vous, alors n’ayez pas peur de tenter le concours ! D’autant plus qu’il existe aujourd’hui beaucoup de moyens d’être accompagné et de préparer sa candidature. Réussir le concours me semblait totalement impossible alors je me suis inscrite dans une prépa Sciences Po et j’ai suivi les conseils de « SOS Sciences Po – Aide &Conseils ». En alliant l’accompagnement de professeurs et le témoignage des élèves de Sciences Po j’ai pu organiser au mieux mes révisions pour le bac en parallèle de ma préparation pour le concours du Collège universitaire. Alors croyez-en vous, et profitez des aides qui vous sont proposées.

 

Sciences Po est une université internationale, sélective, ouverte sur le monde, qui se place parmi les meilleures en sciences humaines et sociales.