Thomas est interne en cardiologie à l’hôpital Henri Mondor de Créteil, en 9ème année de médecine, et revient pour nous sur son parcours. Fort de ses presque 9 années d’expérience, il nous donne quelques conseils pour bien réussir ses études de médecine !  

Quand est-ce que tu as su que tu voulais faire médecine et qu’est-ce qui t’a décidé à t’engager dans cette voie difficile ?

En fait, ce n’était pas prévu ! J’étais en Terminale S et je pensais plutôt m’orienter vers une prépa aux Grandes Ecoles de Commerce. Mais au moment des choix RAVEL (ancien nom de la procédure APB), nous étions obligés de mettre au moins une université. A l’époque, je regardais beaucoup de séries télé médicales, et je me suis dit « pourquoi pas ça ? », tout en pensant à ce moment-là que je ne le ferais pas. Malheureusement (ou heureusement finalement), je n’ai pas été pris dans les prépas auxquelles j’avais postulé, et me suis donc retrouvé à la fac.

Comment as-tu choisi ta fac ?

Dans tous les cas je voulais rester à Paris, et chaque fac avait un peu sa spécialité. Je me suis renseigné et Paris V (Descartes) était plutôt axée scientifique type physique ou chimie, Paris VI (Pierre et Marie Curie) plutôt sur de la biologie et de l’anatomie à apprendre par cœur, et Paris Ouest (Saint-Quentin-en-Yvelines) représentait le juste milieu. C’est donc vers celle-ci que je me suis orienté mais je n’ai pas été retenu, et à cause d’une histoire de quota et de répartition j’ai été affecté à Descartes.

As-tu fait appel à une prépa pour t’aider dans ta préparation au PACES (concours de 1ère année) ?

Oui, j’étais inscrit au Centre Epsilon. J’y ai fait deux semaines de pré-rentrée, puis l’accompagnement tout au long de l’année. Ça m’a beaucoup aidé. La pré-rentrée permet d’arriver plus détendu et de ne pas se sentir complètement perdu à la rentrée, et la prépa m’a appris la rigueur, des méthodes, elle m’a apporté un vrai programme de cours, de devoirs, de concours blancs, de mises en situation, un vrai rythme de travail que l’on n’apprend pas à la fac, qui ne demande aucun compte à rendre. De plus, souvent, en arrivant à l’université, on ne connait personne, et ça permet de se faire de bons camarades.

Comment as-tu vécu ta P1 ?

Très bien ! Le tout est juste d’être bien entouré, avoir un groupe d’amis travailleurs. Il faut faire en sorte que le rythme de travail devienne une routine : tu te lèves, tu travailles, tu te couches. Et en fait, tes amis font la même chose : ils se lèvent, ils travaillent, ils se couchent. Finalement, ce n’est « que » 7 mois de travail, donc une fois qu’on a trouvé un bon rythme régulier, ça passe très vite.

Tu as eu ta première année du premier coup ?

Oui, mais en ayant un peu de chance. A l’issue du concours, j’étais en dehors des quotas de médecine. L’année de ma promotion, sur 2 400 élèves, les 370 premiers étaient pris en médecine (les quotas évoluent selon les années). Ensuite il y a les quotas kiné, sage-femme, et dentaire. J’étais classé 392 et j’étais donc en dehors du « numerus closus » pour médecine. Je n’avais pas envie de redoubler ma première année, et étant bien classé pour dentaire, j’étais partant pour suivre cette voie. Au moment des sélections dans l’amphithéâtre, dès qu’un des 370 premiers choisissait dentaire, kiné ou sage-femme, cela reculait la barre d’admission en médecine, qui est remontée jusqu’à 400. C’est comme ça que j’ai pu continuer en médecine, j’étais le 8ème avant-dernier à être pris ! Au total, un peu plus de 500 étudiants de ma promotion ont pu choisir une formation et passer en deuxième année.

 

La première année de médecine a un peu changé depuis ton époque : aujourd’hui, on parle de la PACES (première année commune aux études de santé)…

Oui, à mon époque, le tronc commun de la première année était médecine. Aujourd’hui c’est un peu différent, car on peut choisir directement des unités d’enseignements (UE) en fonction de la spécialité à laquelle on aspire. On peut donc choisir des UE en dentaire par exemple, donc d’un côté on s’allège la charge de travail et on s’oriente directement vers ce qu’on veut faire, mais d’un autre côté on s’éloigne des places en médecine car on est moins bien préparé pour le concours. Quand on ne sait pas encore vraiment ce qu’on veut faire, on peut évidemment prendre plusieurs UE pour garder une formation assez généraliste.

Tout le monde parle de la 1ère année comme d’une étape compliquée à franchir. Une fois réussie, que devient ton quotidien à la fac ?

Les deux années qui suivent sont plus faciles à gérer. C’est d’ailleurs à ce moment-là que l’on profite le plus de la vie étudiante. Ce sont des années moins intensives en termes de travail, mais elles ne sont pas faciles pour autant. Beaucoup d’étudiants se font justement avoir par le changement de rythme et ne travaillent plus du tout après la P1, et donc redoublent. Effectivement, le travail à fournir n’est rien comparé à la P1, mais il faut quand même avoir un rythme régulier et un minimum de sérieux pour valider son année.

Pendant ces années il y a des initiations à l’hôpital, qui ressemblent un peu à des stages d’observation de deux ou trois semaines. L’objectif est de découvrir le milieu hospitalier, de prendre la température. Un chef nous accompagne et nous apprend à reconnaître les grands signes cliniques (une insuffisance cardiaque par exemple), nous fait partager ses expériences. Mais cela reste très généraliste, ce n’est pas rattaché à une pathologie.

Et ensuite ?

Ensuite, on arrive aux années d’externat, en 4ème, 5ème et 6ème année. L’externat, c’est un statut à part entière, on devient un salarié de l’hôpital à mi-temps (matinée à l’hôpital, après-midi à la fac ou à la bibliothèque), sur toute l’année. Concrètement, tout le monde passe dans différents services, au fur et à mesure des matières enseignées à la fac, par trimestre. Par exemple, lors d’un trimestre « cardio-pneumo-réa », on fera soit un stage de cardio, soit un stage de pneumo, soit un stage de réanimation. Il y a un vrai rôle pour l’externe, il fait les visites avec les médecins, il suit les patients, etc.

En fait, ces trois années servent à préparer le concours à l’issue de la 6ème année, qui permet de devenir interne. Certains étudiants prennent la décision de vivre le début de ces trois ans comme la 2ème et la 3ème année, mais il n’y a pas de secret : il faut commencer dès la 4ème année à se remettre dans une optique de concours pour augmenter ses chances de réussite, et travailler très régulièrement.

Après la 6ème année, ce n’est pas fini… Comment se passe le concours ? Combien de temps est-on interne ?

3, 4 ou 5 ans en fonction de la spécialisation choisie. C’est un concours commun national sur tous les étudiants de 6ème année de médecine. Comme en première année, les candidats sont classés. Grosso modo, le premier peut choisir sa spécialité et sa ville. Pour le 500ème, quelques spécialités ne sont déjà plus accessibles dans certaines villes. Par exemple la dermatologie à Paris part très vite, mais reste accessible en province. Les sélections durent à peu près 3 semaines, pendant lesquelles les étudiants choisissent leur spécialité, chacun à son tour, en fonction de son classement. A la fin de chaque journée, on regarde ce qui est parti et on réfléchit à ce qu’on va choisir.

En ce qui me concerne, j’étais classé 997ème et je voulais cardiologie à Paris. Je ne l’avais pas. Donc je me suis rabattu sur mon deuxième choix, pédiatrie à Paris, pour lequel j’étais bien classé. Quelques heures avant de choisir, une des personnes ayant choisi cardiologie à Paris a finalement décidé de le faire à Reims, donc elle s’est déclassée pour pouvoir choisir cette ville. J’étais le dernier déclassé de la promo cardio à Paris, donc je suis remonté. Encore un coup de chance ! Dernier de la promo mais je l’ai eu !

Aujourd’hui à quoi ressemblent tes journées ?

Mon cas est un peu particulier, car je me suis arrêté un an pour faire un Master 2 de Sciences, donc ce sont des journées plus calmes que l’internat classique. Cette année est dédiée à la recherche.

Mais pour une journée classique d’interne, finalement, ça ressemble aux années d’externat, on a encore un statut d’étudiant mais on ne l’est plus vraiment. On passe nos journées à l’hôpital, on est salarié à part entière. On s’occupe de nos patients, on fait les visites, les entrées, les sorties. L’interne gère la vie d’un service hospitalier. Les chefs ont des activités de consultation, de la recherche, et d’autres activités diverses dans le cadre de leurs fonctions et donc ne sont pas toujours là. La personne qui est au pied des lits du patient, c’est l’interne.

Que préfères-tu et qu’aimes-tu le moins dans ton quotidien ?

Ce que je préfère, c’est la stimulation intellectuelle permanente de la médecine, on réfléchit beaucoup, et c’est très valorisant de faire des diagnostics qui tombent juste. Et puis c’est un métier profondément humain : on s’occupe des gens, et il y a beaucoup de reconnaissance de leur part.

Mais l’organisation de l’hôpital public rend les choses un peu compliquées. Pour organiser des examens pour un patient, par exemple, il y a un tas de paperasse à effectuer, c’est très chronophage et on a parfois le sentiment que ces obligations administratives nous mettent des bâtons dans les roues.

Considères-tu avoir réalisé ton rêve, ta vocation ?

Ce n’était pas une vocation à proprement parler, mais ça l’est presque devenu. Je suis sûr d’avoir trouvé une voie qui me convient parfaitement. Je suis très heureux dans ce que je fais, c’est épanouissant et, même si je me suis un peu retrouvé là par hasard, c’est très bien tombé.

Quel conseil donnerais-tu à un élève de Terminale qui a décidé d’entrer en médecine à la rentrée prochaine ?

Il y a beaucoup de boulot, c’est vrai, mais ça vaut le coup. Mon conseil est de ne surtout pas se laisser impressionner en 1ère année, car les autres ont toujours l’air plus forts et plus compétitifs à première vue. Je me souviens très bien de mon premier jour de pré-rentrée au centre Epsilon, un des professeurs a demandé qui parmi nous avait eu mention très bien au bac, et 90% des élèves avaient levé la main. Ce n’était pas mon cas et ça m’avait fait très peur. Et en fait, les trois quarts de ces personnes n’ont pas réussi le concours. Finalement, en étant rigoureux, en travaillant vraiment, pas comme en terminale, du vrai travail construit avec un objectif… eh bien ça paye !