Consultante en orientation scolaire et professionnelle depuis 12 ans, Stéphanie Camus exerce au sein du cabinet « Aptitudes.biz ». Elle nous parle du poids de l'importance de l’héritage familial dans l’orientation professionnelle des jeunes.

Qu’est-ce que le déterminisme familial en termes d'orientation scolaire et professionnelle?

Nous connaissons tous des familles composées uniquement de médecins, d'avocats ou de polytechniciens. À l'évidence, leurs choix professionnels sont influencés par le milieu dans lequel ils évoluent. Ce n'est pas toujours aussi évident, mais bien souvent l'héritage familial joue sur les décisions d'orientation.

Comment ce déterminisme fonctionne-t-il?

Les parents projettent leurs propres désirs sur le futur métier de leurs enfants. Ces désirs, ils les transmettent à travers les valeurs qu'ils considèrent comme primordiales. Est-ce l'humanisme et le progrès ? Le commandement? La puissance créative ? La fidélité à la tradition? L'initiative et l'indépendance ? Qu'on soit chef d'entreprise, peintre, militaire ou reporter, ces valeurs se retrouvent dans nos choix de métier.

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à l’hérédité professionnelle?

Depuis 12 ans, je rencontre des lycéens que j'aide à s'orienter. Au cours du processus, j'ai toujours un entretien avec les familles de ces jeunes. Souvent, je remarque des répétitions incroyables entre leur parcours et celui de leurs parents ou grands-parents. Mais le vrai déclic a été d'apprendre, à 45 ans, que mon père avait fait le même métier que moi pendant 3 ans. Il formait les officiers qui souhaitaient reprendre la vie civile. Il les aidait à faire un CV, à valoriser leurs expériences, et à choisir un métier adapté à leur personnalité.

Pourquoi est-il important de prendre conscience du déterminisme professionnel?

C'est important pour se positionner librement dans le récit familial, en s'en écartant ou en s'y insérant. L'exemple de Victor est assez parlant. Ses deux parents sont universitaires, théoriciens et artistes. Victor, lui, est cartésien. Il aime les chiffres et a besoin de concret et de structure. Lorsqu'il s'oriente vers les métiers de la comptabilité il se heurte à l'incompréhension de son entourage proche. Mais quelle surprise quand il apprend que son grand-père, chef d'entreprise, a commencé sa carrière en tant que comptable ! Victor envisage désormais son orientation avec plus de sérénité. Il se sent légitime dans ses choix. Prendre conscience de son déterminisme c'est aussi donner un sens à ses échecs, et s'extraire d'un cercle vicieux. Camille a raté deux fois les concours d'entrée en école d'infirmière. En questionnant ses parents, elle apprend que son père, ingénieur depuis 30 ans, a échoué deux fois au concours de médecine avant de changer de voie. Le lien n'avait jamais été fait entre ces deux histoires! Camille a fini par réussir son concours.

Et lorsque l'orientation va à l’encontre du récit familial?...

Il ne faut pas avoir peur d'en discuter et de faire appel à un(e) conseiller(e) d'orientation. Un désaccord ne donne pas toujours lieu à un conflit. J'ai accompagné un jeune d'une famille plutôt intellectuelle, qui voulait se lancer dans la plomberie. Sa famille, très compréhensive, l'a soutenu dans sa démarche. S'il est important de prendre du recul par rapport à son héritage familial professionnel, c'est pour pouvoir suivre son propre chemin.

Les parents projettent leurs propres désirs sur le futur métier de leurs enfants.