Entretien avec Joseph Freiha, diplômé de l’IE Business School.

Joseph Freiha est diplômé de l’IE Business School (Instituto de Empresa, Madrid). Entrepreneur, il est le dirigeant-fondateur d’Inovad, une agence de conseil en stratégie, marketing et communication.

 

Faire des études à l’étranger juste après le bac, c’est un parcours du combattant ?

Le système d’enseignement français reste assez peu ouvert, c’est vrai, à un départ juste après le bac pour des études à l’étranger, quelles qu’en soient la destination ou la durée. Des efforts ont été faits, mais ils concernent surtout les étudiants de master, via les programmes Erasmus proposés par les universités, ou les élèves d’écoles spécialisées (commerce, ingénieurs, IEP...) qui vivent une année de leur scolarité à l’étranger. Le jeune diplômé qui voudrait poursuivre après le bac un cursus d’études à l’étranger doit donc aller seul à la recherche d’informations pour guider et préciser son projet. La procédure APB ne prend pas en charge ce type de profil et ne peut l’assister ou l’orienter dans ses recherches. Pour autant cette difficulté ne saurait faire renoncer à vivre une expérience à mon sens incroyablement formatrice. D’ailleurs, de plus en plus de jeunes la tentent, conscients des atouts qu’elle peut représenter et ce sont eux qui se font les meilleurs ambassadeurs des écoles étrangères qui les ont accueillis. Pour ne vous donner qu’un chiffre, l’IE de Madrid qui assure des formations très diverses depuis la première année après le bac, en Bachelor, jusqu’au MBA de professionnalisation, a vu le nombre de ses étudiants français multipliés par trois ces trois dernières années : c’est désormais la nationalité la plus représentée, juste après les Espagnols, et c’est surtout le signe que les élèves français offrent des profils recherchés dans les facultés et écoles étrangères.

Pourquoi avez-vous choisi de partir étudier à l’étranger ?

« J’avais envie de continuer à découvrir d’autres cultures, d’autres manières de vivre et surtout d’apprendre. »

Joseph Freiha

Souvent le choix d’étudier à l’étranger ne se fait pas totalement par hasard, sur un coup de tête. Si j’en réfère à mon expérience personnelle, c’est sans doute les expatriations vécues en famille pendant mon enfance qui m’ont amené à vouloir partir à mon tour. J’avais envie de continuer à découvrir d’autres cultures, d’autres manières de vivre et surtout d’apprendre. On ne part pas si on n’est pas mû par une soif de curiosité, une soif d’ouverture, de rencontres très diverses. C’est ce qui donne toute sa dynamique au projet.

On peut dire que je n’ai pas été déçu car sur le campus de l’IE où j’ai eu la chance d’étudier, je côtoyais plus de 100 nationalités. Dans ma seule classe, sur 50 élèves, nous venions de 35 pays différents et chaque fois que nous devions travailler en groupe, nous étions toujours mélangés de manière à favoriser ce brassage de cultures et d’idées. Je pense qu’être Bachelor dans un autre pays que le sien, qu’il soit frontalier ou au bout du monde, c’est avoir l’assurance de vivre une expérience très différente de ce qui se fait en France, et en cela c’est une source d’enrichissement. J’irai même plus loin en soulignant combien les études à l’étranger sont pour moi le gage d’une formation complète : pas seulement intellectuelle ou professionnelle, mais aussi humaine. À l’IE, et c’est une des grandes forces de cette université, on ne m’a pas seulement appris à "savoir-faire" mon métier de manager à travers des matières classiques comme l’économie, le marketing, la finance ou autres, on m’a appris aussi à travailler sur moi, à "savoir être", à mieux me connaître, à me dépasser et à aller au bout d’un projet. J’ai été réellement entrepreneur dans mes études, en faisant le choix de l’étranger, d’une autre formation, avant de l’être dans ma vie professionnelle, et je pense que c’est ce qui m’a le plus marqué.

Comment se préparer au départ à l’étranger ?

Il ne s’agit pas de se lancer à l’aventure pour garantir qu’elle soit bonne et profitable. Il est important de s’y préparer en se posant les bonnes questions. Sur soi-même d’abord pour éprouver le sérieux autant que la force de sa motivation. C’est primordial car les universités attendent de leurs étudiants qu’ils soient vraiment partants, qu’ils soient acteurs de leur apprentissage. Quand j’étudiais à l’IE en MBA, notre participation était évaluée : je peux vous garantir que nos cours étaient toujours très dynamiques, interactifs et que les élèves restaient engagés tout au long de leur formation. Il faut s’interroger sur l’université choisie également. Il est judicieux par exemple de regarder comment s’effectue la sélection à l’entrée.

Toutes les écoles ne passent pas nécessairement par un concours d’entrée, mais elles peuvent demander au candidat de constituer un dossier avant de le soumettre à des tests d’admission, selon une procédure que pratique ainsi l’IE de Madrid. Ce n’est pas tant un niveau qu’on vérifie, mais un profil d’étudiant qu’on recherche. Les profils multiculturels, la pratique d’activités extrascolaires ou encore l’engagement dans le monde associatif sont des critères importants dans cette sélection et diffèrent en cela de nos pratiques en France. Dès le recrutement, on cherche à valoriser tout ce qui est propice à l’ouverture, tout ce qui est signe d’intérêt pour le monde qui nous entoure et c’est important à avoir en tête quand on se prépare à partir à l’étranger. Enfin, dans un souci de pragmatisme qui n’est pas à négliger, il vaut mieux vérifier aussi que le diplôme qui va être délivré ne sera pas seulement reconnu dans le pays où il a été émis, mais en France aussi où l’étudiant peut être amené à revenir travailler par la suite. Ainsi, les diplômes délivrés par IE sont certes reconnus en Espagne, mais aussi dans le reste de l’Union européenne, ce qui est précieux pour construire une carrière professionnelle ouverte.

Faut-il nécessairement choisir de partir loin ?

Il n’est pas nécessaire de partir au bout du monde pour vivre une expérience forte, pas plus qu’il n’est besoin de maîtriser à l’avance la langue du pays choisi. Pour ma part, j’étais loin d’être bilingue en espagnol quand j’ai envisagé de partir à Madrid, mais l’enseignement se faisant en anglais dans le cadre de l’école, je n’ai eu aucune difficulté à le suivre. De même l’Espagne a été un lieu de découverte incroyable, alors même que ce pays européen est un voisin très proche. Ce qui m’a plu profondément, c’est le système éducatif que j’y ai découvert. Il n’a rien à voir avec ce que j’avais pu connaître en France pendant mes études de gestion. À l’IE, on n’assiste pas à des cours : on est là pour prendre part au cours qui ne peut se faire sans les étudiants.

Les professeurs, qui sont tous hautement qualifiés, ne proposent pas des cours magistraux, ne viennent pas pour dispenser des savoirs savants. Ils sont là comme des coachs, comme des modérateurs, et leur enseignement est basé sur des cas pratiques que nous travaillons en groupes, avec eux. La moitié du travail à fournir se fait par des travaux de groupe, ce qui a été aussi pour moi une découverte après un enseignement en France beaucoup plus individuel. Imaginez la richesse des échanges quand on confronte ainsi, dans un groupe de 4 ou 5, des étudiants d’Europe, d’Asie, d’Amérique ou d’Afrique, formés à des études juridiques, médicales, commerciales ou autres. L’expérience d’apprentissage est donc très différente car elle se fait par enrichissement mutuel, entre des étudiants qui sont très différents tant par leurs parcours scolaires antérieurs que par leurs goûts, leurs nationalités, leurs cultures.

Qu’avez-vous aimé dans votre scolarité à l’IE ?

Mon expérience est un peu différente car j’ai découvert l’IE à travers une année de MBA business, après 10 ans de vie professionnelle au sein du groupe Renault, parce que j’avais le projet de monter mon entreprise. Pour autant, même si je n’y ai passé qu’une année, ce qui m’a profondément touché c’est la volonté d’IE de nous amener à une vraie éthique de responsabilité. C’est une valeur constitutive de la scolarité, j’irai même jusqu’à dire "une marque de fabrique" de cette université, ancrée dans les gènes de l’école depuis sa fondation en 1973 par un groupe d’entrepreneurs espagnols.

Pour vous en donner un exemple concret, chaque année le plus grand événement organisé par les étudiants de l’IE, c’est une grande conférence consacrée à la responsabilité sociale. Tous ensemble, on réfléchit, on se demande comment avoir un impact positif sur le monde qui nous entoure et on amène des étudiants, des acteurs de la vie civile, des professeurs à intervenir sur ce thème. On essaie ainsi de voir comment agir positivement sur l’environnement, et il faut comprendre cette notion d’environnement dans un sens large, je n’entends pas seulement ce qui a trait à l’écologie. Au-delà de la qualité des étudiants et des professeurs, c’est cette dimension qui fait la particularité de cette école et qui explique que le MBA de l’IE est classé chaque année parmi les 10 meilleurs au monde. J’y ai appris qu’être un entrepreneur ce n’était pas seulement fonder une entreprise, c’était être aussi celui qui sait toujours découvrir de nouvelles opportunités, qui reste en permanence ouvert au sein de son entreprise bien entendu, mais également au monde qui l’entoure.

Où ce parcours vous a-t-il mené ?

Mon séjour à l’IE de Madrid m’a permis d’affiner, de conforter et de dynamiser mon projet. De retour en France, j’ai fondé mon entreprise, Inovad, qui offre aux entreprises des conseils en stratégie, marketing, et communication. Surtout, je suis resté très lié avec l’IE et avec le réseau d’anciens passés par cette école. Nous sommes plus de 50 000 dans le monde, et la qualité de l’expérience que nous avons pu vivre garantit entre nous des liens très solides. Aujourd’hui, après avoir exercé la responsabilité de Président des anciens en France, j’ai pris en charge une nouvelle fonction puisque je suis chargé de représenter IE pour la France et Monaco. Un bureau permanent a été monté en France et c’est pour moi une chance autant qu’une joie de faire connaître aux futurs étudiants tout ce que cette université peut leur apporter.