Entretien avec Élise Paez, diplômée de Sciences Po Paris et Responsable du programme "Sciences Po" aux Cours du Parnasse.  

Comment expliqueriez-vous que Sciences Po soit tellement à la mode aujourd’hui ?

Vous avez raison, certains diraient que ne pas présenter Sciences Po, c’est être un peu has been ! Cette école a été profondément modifiée sous l’impulsion de Richard Descoings, directeur de 1996 à 2012. Il expliquait lui-même avoir voulu conjuguer les avantages des classes prépas et ceux des collèges britanniques
ou américains ; son objectif était avant tout de susciter l’esprit de créativité et d’innovation chez ses étudiants. Le cursus proposé en 5 ans est particulièrement formateur : les 2 premières années – qui se déroulent à Paris ou sur un campus en Province – sont consacrées à un enseignement pluridisciplinaire composé d’histoire, de géopolitique, ou encore d’économie. Chaque étudiant bénéficie ainsi d’un solide socle de connaissances. A ces deux années, succède une année d’échange à l’étranger au sein de l’une des 400 universités partenaires de Sciences Po (Columbia, McGill, London School of Economics … pour n’en citer que
quelques-unes). Ce n’est qu’à l’issue de ces trois premières années, que les étudiants choisissent une spécialisation en master parmi les 19 proposées (droit, journalisme, marketing, ressources humaines, affaires publiques ….). Vous recevez au terme de ces 5 années, une formation extrêmement complète qui vous permet d’intégrer facilement le marché du travail grâce à un réseau très étendu, et c’est précisément ce qui justifie le prestige de cette Ecole.

Quels débouchés offre Sciences Po ?

Extrêmement variés : je dirais qu’avec un diplôme Sciences Po, vous pourrez tout faire, sauf peut-être médecine ! Si le secteur public constituait traditionnellement la marque de fabrique de l’Ecole, cette idée est aujourd’hui largement relativisée dans la mesure où seuls 16% des étudiants diplômés de Sciences Po se dirigent vers ce secteur. Les débouchés offerts dans le privé se sont multipliés: ressources humaines, marketing, communication, avocat d’affaires, journalisme sont autant de secteurs auxquels Sciences Po permet d’accéder.

Quelles sont les voies d’entrée ?

Les étudiants titulaires de diplômes français ont accès à deux portes d’entrée : le concours d’entrée au collège universitaire destiné aux élèves de Terminale, et le concours d’entrée en master, destiné aux étudiants titulaires d’un diplôme universitaire de bac +3. Le premier répond à un processus de sélection en deux phases. L’admissibilité d’abord se compose d’un dossier de candidature, noté, et de trois épreuves écrites : histoire, langue et option (Sciences économiques et sociales, Mathématiques ou Littérature & Philosophie). L’admission ensuite est décidée au terme d’un entretien de motivation qui vise à éprouver la personnalité du candidat et la véracité de son intérêt pour Sciences Po. En 2001, une autre filière de sélection a été ouverte aux élèves de Terminale : les conventions d’éducation prioritaires permettent d’aller à la rencontre de jeunes qui ont un grand potentiel mais qui, étant issus de milieux défavorisés, n’auraient pas imaginé possible d’entrer à Sciences Po. 

Y a-t-il des dossiers rédhibitoires ?

Il ne suffit pas d’avoir de bonnes notes pour être pris à Sciences Po, il faut avoir un profil intéressant !

Non, pas à proprement parler. Je peux d’abord vous préciser que les très bons dossiers bénéficient – non plus d’une admission automatique comme ce fut le cas pendant plusieurs années des mentions « très bien » – mais d’une dispense d’épreuves écrites. Le seul problème est que les candidats sont informés de cette dispense 15 jours avant la date des épreuves… Ils doivent donc dans tous les cas s’y préparer ! Pour en revenir au dossier, il se compose des notes obtenues en Seconde, Première, au cours du premier trimestre de terminale ainsi que des notes des épreuves anticipées du baccalauréat. A côté de ces éléments « objectifs », le candidat doit rédiger une lettre de motivation et répondre à un certain nombre de questions visant à identifier son engagement dans les domaines associatif, sportif, culturel ou encore politique. Ces éléments ont une incidence importante : il ne suffit pas d’avoir de bonnes notes pour être pris à Sciences Po, il faut avoir un profil intéressant ! Inversement des notes moyennes peuvent être compensées par un profil « Sciences Po ». La question - vous me direz - est celle de savoir ce qu’est le fameux profil Sciences Po. Il n’y a pas de définition, et c’est là toute la difficulté ! Sciences Po recherche des jeunes ouverts d’esprit, curieux, engagés, l’objectif étant de recruter des profils variés, à haut potentiel.

D’après vous, quelle est la bonne méthode pour réussir le concours de Sciences Po ?

Il n’y a naturellement pas de recette miracle qui garantisse la réussite, mais je peux vous dire que les critères d’évaluation du jury ont légèrement évolué l’année dernière, et qu’il devient de plus en plus inutile de préparer ce concours de façon scolaire. C’est un piège dans lequel tombent la plupart des instituts de préparation qui pensent qu’il faut donner un maximum de cours aux lycéens, et qui vont jusqu’à leur proposer une vraie scolarité bis ! Cela ne sert à rien : les élèves ont déjà suivi au lycée les cours correspondant au programme des épreuves, et c’est surtout la mobilisation des connaissances et la capacité à problématiser qui paie au concours. Il faut donc insister sur la méthode de pensée attendue par les correcteurs de Sciences Po. Passer ses weekends en prépa est même contre-productif, puisque l’épreuve discriminante du dossier de candidature suppose que l’élève dispose de temps pour avoir des activités extra-scolaires et culturelles qui lui permettront de construire et défendre son projet personnel. A force de suivre de près les rapports des jurys pour cerner au mieux leurs attentes, les professeurs des Cours du Parnasse ont conçu une préparation originale qui se distingue nettement et qui surprend par ses résultats, qui n’ont pas d’équivalent. Elle concerne les élèves de 1ère et de Terminale, et s’articule autour des trois étapes clés du concours :

  •  La préparation du dossier de candidature fait l’objet d’un accompagnement individuel avec un professeur référent, diplômé de Sciences Po Paris, qui accompagne l’élève dans sa réflexion puis dans la rédaction de sa lettre de motivation. Il ne s’agit pas de rédiger la lettre à la place de l’élève, mais de l’aider au contraire à se distinguer des autres en allant vers toujours plus de personnalisation.
  •  Les épreuves écrites sont préparées pendant les vacances scolaires, lors de modules indépendants et complémentaires. Les élèves y apprennent comment exploiter leurs connaissances « à la mode de Sciences Po ». Ils découvrent par exemple pourquoi un 16/20 dans leur lycée ne vaudra peut-être qu’un 10/20 au concours de Sciences Po !
  •  L’épreuve orale d’admission se prépare d’abord lors d’ateliers de technique de l’oral, qui apprennent la communication non verbale, et ensuite par des simulations d’entretien avec de membres de jurys diplômés et spécialistes de Sciences Po.

Cette méthode a fait ses preuves : aux concours 2012 et 2013, le taux d'admission des candidats des Cours du Parnasse à Sciences Po Paris était en moyenne de 37 % alors que le taux de sélection de Sciences Po se situe entre 8 et 12%. Nous attendons les résultats 2014 avec excitation car la cuvée s’annonce exceptionnelle ! Accessoirement, l’influence de la préparation sur les résultats obtenus au lycée est réelle : les notes augmentent de façon significative. Même si tous les élèves n’intègrent pas, ils progressent tous beaucoup et acquièrent une méthode qui leur sert pendant longtemps…

Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui envisage de passer ce concours ?

Sciences Po en 3 mots : ouverture, pluridisciplinarité et diversité.

1) Restez concentré sur la réussite de votre année scolaire ! Malheureusement l’admission à Sciences Po n’est jamais acquise. Il est donc important de garder comme objectif premier de réussir sa Première et sa Terminale et surtout de réfléchir à un plan B.

2) Ne vous enfermez pas ! Sciences Po rime avec ouverture d’esprit, curiosité : il faut donc aller au théâtre, au cinéma, à l’opéra. Il faut également suivre l’actualité. Tout cela participe au fameux profil «Sciences Po ». Dans cette optique, nous proposons régulièrement à nos étudiants de participer à des conférences.

3) Acceptez le risque ! Bien malhonnête serait celui qui vous assurerait une admission à Sciences Po ! C’est un concours qui repose sur beaucoup d’éléments subjectifs, notamment le dossier, sur lesquels vous n’aurez pas de prise. Il est donc possible que votre profil ne plaise pas à Sciences Po. Il faut passer ce concours en acceptant cet aléa et en choisissant une préparation qui vous apporte autre chose que du « bourrage de crâne » !

ET LES INSTITUTS D’ÉTUDES POLITIQUES (IEP) ?

  •  Les IEP de province - qui ne doivent pas être confondus avec les campus provinciaux de Sciences Po Paris - sont des Ecoles qui proposent également un diplôme de niveau Bac+5.
  •  9 IEP : Aix-en-Provence, Lille, Lyon, Rennes, Strasbourg, Toulouse, Saint-Germain-en-Laye, Bordeaux et Grenoble.
  •  Chaque IEP propose une spécialisation. On retiendra notamment Lille et Lyon pour la communication ; Bordeaux pour le journalisme.
  •  Ces écoles offrent une approche généraliste, pluridisciplinaire et analytique d’un excellent niveau qui justifient de réfléchir sérieusement à proposer sa candidature.
  •  Possibilité d’intégrer ces écoles à Bac 0, Bac+1 et Bac +3.
  •  Quels concours à Bac 0 et Bac +1 ? Un concours commun, composé d’épreuves écrites en histoire, questions contemporaines et langue. Exception : les IEP de Bordeaux et Grenoble ont leur propre concours.
  •  Taux de sélection ? entre 10 et 15 %