Entretien avec David Letombe, Directeur de l’ESDHEM Lille-Paris (groupe SKEMA).

David Letombe (Directeur ESDHEM) et Abdellatif El Mamouni (Responsable ESDHEM Apprentissage) avec des étudiants.

David Letombe, vous dirigez un programme original, l’ESDHEM, qui permet à la fois de valider une licence de droit ou de gestion, et dans le même temps de préparer les concours d’admissions parallèles en Grande École. Pouvez-vous d’abord nous expliquer ce que sont les admissions parallèles ?

Quand on veut intégrer une école de commerce, on a plusieurs possibilités : soit entrer dans une école directement après le bac, soit passer un concours après deux ou trois années d’études. Dans ce cas, outre les classes préparatoires qui traditionnellement préparent les étudiants aux concours, il existe une autre voie, moins connue mais tout aussi intéressante, qui est celle des admissions parallèles. Ce sont des concours différents, nommés AST (Admission Sur Titre), et qui sont ouverts à des étudiants qui ont déjà un parcours d’études supérieures, quelle que soit la filière suivie. Ils peuvent les présenter avec un Bac + 2 et intégrer alors une école de commerce en 1ère année (AST 1), ou bien avec un Bac + 3, et entrer alors en 2ème année d’école de commerce (AST 2).

Ces concours peuvent différer d’une école à l’autre, mais ils ont généralement tous la même structure. Il existe des concours communs à plusieurs écoles comme le concours Passerelle (1 et 2) qui permet d’intégrer 12 grandes écoles, ou le concours Tremplin qui regroupe 3 grandes écoles du groupe ECRICOME. D’autres écoles comme l’EDHEC ou SKEMA par exemple ont leur concours propre. Certains de ces concours sont ouverts aux Bac + 2, d’autres ne sont ouverts qu’aux Bac + 3, comme les grandes écoles parisiennes. Cette deuxième voie devient de plus en plus attractive : actuellement 30% à 50% du recrutement des grandes écoles de commerce se fait par les concours d’admissions parallèles, ce qui est loin d’être négligeable.

Qui peut se préparer à ce type de concours ?

« Mûris par les deux à trois années de formation, les étudiants vont aborder la préparation du concours d’admissions parallèles avec plus de recul que des lycéens. »

La particularité de ce type de concours, c’est qu’il est ouvert à des profils d’élèves très différents et qui peuvent être passés d’abord par l’université (où ils auront validé deux années ou trois années de Licence), ou par une formation courte telle que le BTS et l’IUT. La plupart des concours se composent d’une épreuve de synthèse, de QCM en anglais, d’une série de tests en mathématiques, logique et maîtrise de la langue française, et d’un entretien de motivation. La sélection à l’entrée des grandes écoles de commerce se fait donc à la fois sur des épreuves techniques, qui vont nécessiter un apprentissage et un entretien qu’il convient de préparer et qui permettra aux écoles de sélectionner les profils en phase avec leur proposition.

Mûris par les deux à trois années de formation, les étudiants vont aborder la préparation du concours d’admissions parallèles avec plus de recul que des lycéens. Surtout, le choix de l’école de commerce, puisqu’il n’est pas posé immédiatement après le bac mais deux ou trois ans plus tard, peut davantage être éclairé et affiné. C’est même tout l’intérêt de ce choix de concours que nous essayons de mettre en avant à l’ESDHEM dans le cadre de notre programme de préparation.

Notre enjeu, c’est d’amener les candidats à travailler sur un projet professionnel personnel, avec l’appui pédagogique et technologique d’une grande école, le groupe SKEMA, qui leur offre un accès à tous les outils nécessaires. Grâce aux outils en ligne par exemple, ils vont pouvoir, par des tests de personnalité, mieux définir ce qu’ils sont, ce qu’ils aiment, ce qu’ils savent ou veulent faire, afin de déterminer quel métier envisager et par là quelle école choisir. Ils peuvent aussi s’appuyer sur leur expérience de stage et orienter en fonction de ce qu’ils ont découvert le choix de l’école. Un de nos étudiants a ainsi présenté une école spécialisée dans le marketing de luxe après s’être initié à ce domaine dans le cadre des stages que nous proposons.

Que propose l’ESDHEM à un candidat ?

L’ESDHEM, ce n’est ni une école, ni un Bachelor, c’est un programme original peu développé en France. Nous appartenons au groupe SKEMA qui est né de la fusion de deux écoles, l’ESC Lille et le CERAM de Nice, et cette grande école de commerce est une des toutes premières business school française. Nos étudiants bénéficient donc de l’exigence autant que des atouts d’une formation de haut niveau. Surtout, notre spécificité, c’est d’associer à la préparation aux concours des grandes écoles de commerce, un parcours diplômant qui délivre à nos étudiants une licence de Droit ou de Gestion. Notre taux de réussite à Paris, sur le pôle Léonard de Vinci, est de 90% pour les deux premières années de Licence, et de 100% pour la dernière année.

À Lille où notre implantation est plus ancienne et plus importante encore, les taux de réussite sont similaires. Nous entretenons un partenariat étroit avec l’université du Littoral et l’université Lille 2 dont certains professeurs enseignent sur notre campus. Sur le campus de Paris comme de Lille, on travaille dans une ambiance d’école à taille humaine : 30 élèves dans les classes de TD, 60 pour les cours magistraux. C’est le gage d’échanges plus faciles et aussi, nous le soulignent nos étudiants, de liens d’amitié durables. Tous nos étudiants ont pour objectif de préparer les concours d’admissions parallèles qu’ils vont présenter pour certains après deux ans et pour d’autres après trois ans, à l’issue de la Licence. Mais, pour ceux qui n’intègreraient pas une école au bout de ce parcours, le diplôme obtenu leur permet de poursuivre un cursus universitaire en présentant un master qu’ils peuvent intégrer en France ou à l’étranger par exemple à HEC Montréal qui peut accueillir nos anciens en master 1 dans une démarche de spécialisation. 

Qu’est-ce que vos étudiants recherchent en entrant à l’ESDHEM ?

« C’est vraiment un projet de vie complet que l’on construit et que l’on s’approprie peu à peu.»

« En travaillant les épreuves, c’est en réalité des compétences utiles bien au-delà du concours que nous nous efforçons de leur faire acquérir. »

Il n’y a pas de profil d’étudiant type à l’ESDHEM et c’est ce qui fait la richesse de nos promotions. Nous avons des étudiants de 1ère année qui se sont inscrits après le bac, après des filières S ou ES, et parfois même littéraire. Mais nous avons aussi des étudiants qui ont déjà effectué une année d’étude supérieure pour laquelle ils ont validé 60 crédits à l’université. Une partie de nos étudiants intègrent l’ESDHEM directement en deuxième année, après être passé par une classe préparatoire, et nous avons de plus en plus de candidats en 3ème année qui viennent de BTS, des IUT ou des classes préparatoires. Ils représentent la moitié de la promotion à Lille et apportent aux autres élèves une expérience extérieure bénéfique. Les étudiants que nous recrutons à l’ESDHEM viennent avant tout parce qu’ils veulent faire de la préparation aux concours un moment formateur pour le reste de leur vie. Il s’agit de donner du sens à cette préparation, et c’est là que se fait toute la différence. En travaillant les épreuves, c’est en réalité des compétences utiles bien au-delà du concours que nous nous efforçons de leur faire acquérir.

Prenons l’exemple de l’entretien de motivation. Pendant deux ans, avec l’aide de l’équipe pédagogique et de personnalités extérieures, ils vont apprendre à travailler leur posture, leur ton de voix, leur présentation physique ; ils vont également approfondir leur argumentation et voir comment structurer leur discours, comment le présenter en même temps. En plus des heures de cours consacrées à la préparation des concours, on leur propose de rencontrer des anciens qui présentent leur école ou encore des cadres, qui vont leur permettre de mieux s’interroger sur le parcours qu’ils veulent construire. On travaille dès lors sur un CV projectif : l’étudiant se vieillit de 10 ans pour imaginer quelle pourrait être son évolution 
personnelle et professionnelle. En se préparant ainsi, c’est vraiment un projet de vie complet que l’on construit et que l’on s’approprie peu à peu. 

Où ce parcours les mène-t-il ?

Si l’on regarde les chiffres, la formation dispensée à l’ESDHEM les mène à la réussite : plus de 80% de nos élèves intègrent une des grandes écoles de commerce du Top 12 en France, et tous ressortent avec un diplôme universitaire reconnu par l’Union Européenne. Il y a donc dans tous les cas de figure une formation pleinement bénéfique et qui est porteuse pour l’avenir. Surtout, nos étudiants ont le sentiment de n’avoir pas fait que du "bachotage" pendant les deux ou trois années passées à l’ESDHEM, même si l’entraînement régulier, répété, est incontournable pour intégrer une grande école.

En plus de leur diplôme d’État et de l’intégration d’une grande école, le programme leur fournit un réel "plus" qui est l’accompagnement dans la définition de leur parcours professionnel à travers notamment un stage obligatoire. Comme me le disait l’un de nos anciens élèves, « à l’ESDHEM, on n’a pas seulement une formation de l’esprit comme en prépa. On a une formation qui va parler concret, qui va nous initier d’emblée au management de projet, et qui nous permet d’entrer tout de suite dans le vif du sujet ». Dans la même perspective de formation complète, l’ESDHEM propose une ouverture sur l’international. Au cours de la deuxième année, il est proposé à nos étudiants de partir 6 mois aux États-Unis ou en Chine sur les campus SKEMA. Sur nos 170 étudiants de deuxième année à Lille, 60 ont fait ce choix cette année et pourront à leur retour valoriser cette expérience aussi bien dans la préparation des concours qu’auprès de leurs futurs employeurs, de plus en plus sensibles à cette mobilité. Avec l’ESDHEM l’étudiant valide un diplôme d’État (licence de gestion et de droit), se prépare aux concours (AST) des Grandes Écoles de Commerce, s’ouvre à l’international (Cursus de 6 mois en Chine ou aux US), appréhende l’entreprise (stage pendant son parcours) et réfléchit à son projet professionnel.